


Notre rapport au monde
Dans le contexte de l’Ennéagramme, les 3 triades des Relations d’objets nous renseignent sur l’état émotionnel fondamental, l’affect dominant qui soutient le sens de Soi. Il se rapporte non seulement à la façon dont les Types interagissent avec les autres, mais aussi à la façon dont ils se rapportent à leurs situations, états, monde et expériences.
Ce cadre est complémentaire à la théorie de l’attachement, proposé par John Bowlby, une approche plus comportementale et évolutionniste qui porte spécifiquement sur la manière dont les humains se comportent dans les relations d’attachement, et dont ils recherchent et perçoivent l’intimité, une fois adultes.
Le terme ‘relation d’objets’ fait référence à la manière dont les individus perçoivent, interagissent et établissent des liens émotionnels avec les personnes (à commencer par ses parents), les objets et les idées dans leur environnement, en tenant compte des représentations mentales des objets internes et externes.
Objets internes et externes
Nous distinguons les ‘objets internes’ et les ‘objets externes’. Les objets externes sont les personnes et les objets réels dans l’environnement de l’individu, tandis que les objets internes sont des représentations mentales de ces personnes et objets. Les objets internes sont formés à partir des expériences passées et influencent la manière dont une personne perçoit et interagit avec le monde extérieur.
Les 3 principaux objets ‘primaires’ sont la figure nourricière, la figure protectrice et la figure d’appartenance, basés sur des archétypes universels. La figure d’appartenance représente la famille (les deux parents), la tribu ou le clan auquel nous appartenons.
C’est un état d’esprit imprégné d’une valeur émotionnelle ou d’un caractère de ‘plaisir/ déplaisir’ souvent dirigé vers un objet.
Tandis qu’une émotion désigne seulement un état intérieur apportant des manifestations physiques (faciès, respiration, etc…), un affect correspond à une tendance, une valeur d’attraction ou de répulsion générale ou envers un objet, une situation, une personne… Nous nous représentons chaque objet (concept, attitude, situation, personne…) sur trois aspects :
- la cognition représente l’information que nous avons sur l’objet et ses liens,
- la conation correspond au comportement effectif que nous adoptons ou avons adopté envers cet objet.
- l’affect correspond aux sentiments que l’on porte à cet objet, consciemment ou non.
Si l’affect est habituellement opposé au raisonnement rationnel et aux cognitions dénuées d’émotions, il en est pourtant indissociable au sein de la représentation que l’on se fait de l’objet sur lequel porte ses cognitions.
L’affect peut être dissocié de sa représentation dans le cas où cet affect se verrait refoulé. Il surgit alors de nouveau sous forme symptomatique, ou est déplacé vers un autre objet pour lequel l’affect ne constitue pas un interdit ou un désir inacceptable.
Les travaux d’Antonio Damasio sur les émotions ont montré l’importance de l’affectivité dans la prise de décision envers l’objet ou vers un but. L’affect est donc directement lié aux cognitions mais également aux comportements, qu’il peut orienter.
La notion de Soi
Le concept principal est que le ‘Soi’ n’existe que par rapport à autre chose. La conscience du bébé existe dans ce qu’on appelle un ‘état indifférencié’. Il n’y a qu’une expérience immédiate sans un sentiment distinct de Soi séparé.
Petit à petit, le bébé commence à distinguer les aspects de ses qualités et expériences, en attribuant certaines à lui-même et d’autres à ‘l’extérieur’ de lui, puis reconnaître in fine que son univers est composé d’un Soi et d’une figure nourricière, en apprenant à séparer son identité de celle de l’Autre (des autres).
La notion de Soi est soutenue par l’interaction avec l’Autre (objet), et par ‘l’affect’ ou l’état émotionnel qui lie les deux. Cet aspect dynamique va s’inscrire dans notre schéma inconscient et restera actif comme fondement de tous les développements ultérieurs de notre personnalité. Nous distinguons ainsi 3 affects dominants : l’attachement, la frustration et le rejet.


Triade Frustration




Le sens de Soi est basé sur la recherche d’un idéal. Ils savent ce qui les rendra heureux, mais sentent qu’ils l’ont rarement. Ces 3 Types recherchent constamment l’épanouissement, sont continuellement désenchantés et pensent que rien ne suffit jamais pour les satisfaire pleinement. Ils doivent se rappeler qu’ils peuvent trouver du contentement en acceptant leur expérience actuelle.

Recherche de normes élevées de perfection, voir comment le monde pourrait être amélioré. Vivre une déception continue de s’attendre à ce que les situations et les gens répondent à des normes spécifiques, mais alors rien ne fonctionne comme il se doit et ils doivent toujours être la personne pour y remédier.
La frustration du 1 vise la figure protectrice. Il veut la protection et les conseils qu’il n’a jamais reçu en créant lui-même ses propres règles, structures et conseils, ce qui ne fait que le frustrer. Il compense en adoptant une attitude d’autoprotection.

Recherche de ne pas avoir ce qui le rend heureux, dépendance. Désirer quelque chose qui aurait pu être parfait une fois, mais ensuite le manquer et le désirer encore une fois.
La frustration du 4 vise les deux figures. Puisqu’on ne lui pas montrer le monde ni comment il fonctionne, il se cherche encore et encore et déplore de ne pas pouvoir fonctionner normalement. La frustration est double : il compense en adoptant une attitude d’autoprotection et d’auto-assistance.

Recherche de distractions, le présent n’est pas aussi amusant qu’il le pourrait être. Croire continuellement à quelque chose de formidable, mais il faut alors arrêter en raison d’un manque de stimulation et de pleine satisfaction.
La frustration du 7 vise la figure nourricière. Il recherche le soin et l’attention (nurturing) qui lui font défaut mais ne peut pas les trouver parce qu’il ne sait pas de quoi il en retourne. Il compense en adoptant une attitude d’auto-assistance.

Triade Rejet




Le sens de Soi est basé sur la lutte contre le rejet. Ils ont le sentiment d’avoir été rejetés. Ils se protègent en ne se montrant pas tout entier, en ne faisant pas confiance aux autres. Leurs relations ont souvent des problèmes de ne pas vouloir être nourries ou touchées et certains rejettent aussi leurs propres besoins.

Rejet de ses besoins et pensées négatives.
Se protéger en se concentrant sur les autres et agir comme s’il n’avait pas de besoins et sur-compenser en faisant preuve de soins et en offrant assistance et ressources aux autres.
Le rejet du 2 vise la fonction protectrice. L’amour nourrissant qu’il a offert à la figure protectrice n’était pas réciproque. Il s’identifie ainsi à la fonction nourricière. Il offre le cadeau de son cœur doux, archétypal féminin.

Rejet de ses besoins physiques et émotionnels.
Se protéger en minimisant ses propres besoins, en limitant la dépendance des autres à son égard, en gardant ses distances et son autonomie, et sur-compenser par l’intellectualisation.
Le rejet du 5 vise les deux figures qu’il a considéré trop intrusives. Il ne sait pas comment être dans le monde et il est mal à l’aise à l’idée d’avoir des besoins. Il se retire pour adopter une attitude d’auto-nourrissement et d’auto-protection. Il offre le don de son esprit et de ses analyses.

Rejet de sa propre douceur et vulnérabilité.
Se protéger en agissant suffisamment pour protéger les autres tout en cachant simultanément leurs propres vulnérabilités et sur-compenser en étant fort, dominant et invulnérable.
Le rejet du 8 vise la fonction nourricière qu’il a considéré comme trop contrôlante. Il s’identifie à la figure protectrice et offre les dons de sa force et de sa volonté archétypale masculine.

Triade Attachement




Le sens de Soi est basé sur un attachement profond aux choses perçues comme bonnes. Pour s’attacher, ces Types adaptent leurs façons d’être en cohérence avec les personnes ou les choses importantes pour eux, et à se sentir satisfaits que leurs besoins soient comblés (avec les gens, la situation, les choses). Ce qui les empêchent d’accéder pleinement à leur corps, leur cœur ou leur esprit.

Attachement aux valeurs, à un idéal de ces valeurs. Besoin d’avoir un impact sur les gens en favorisant une impression positive de lui-même afin de se donner un profond sentiment d’identité.
Le Type 3 est attaché à la fonction nourricière, être vu.

Attachement à une personne / groupe / système. Besoin d’une structure sur laquelle s’appuyer de manière permanente pour se sentir en sécurité et lui fournir un profond sens de l’orientation, de conseils et de soutien qui lui manque.
Le Type 6 est attaché à la fonction protectrice, être guidé.

Attachement à la paix, sur-adaptation aux autres et à l’environnement. Besoin d’un environnement familier, de relations et de confort, ainsi que de routines et d’un sentiment de bien-être pour lui redonner un profond sentiment de Soi.
Le Type 9 est attaché aux deux figures, ce qui montre à quel point il est fusionnel.
Pour en savoir plus sur les Relations d’objets :
John Bowlby : L’Attachement : Attachement et perte, Vol.1
Ce livre est le premier volume de la trilogie majeure de John Bowlby sur l’attachement, dans lequel il développe en profondeur sa théorie de l’attachement et explore l’importance des liens affectifs précoces pour le développement de l’enfant.
Donald Winnicott : Le jeu et la réalité
L’une des œuvres les plus influentes de Winnicott. Il aborde la manière dont le jeu et la créativité sont essentiels pour le développement de l’enfant et la compréhension de la réalité psychique.
Mélanie Klein : La psychanalyse des enfants
L’une des œuvres clés de Mélanie Klein dans lesquelles elle explore sa méthode d’analyse des enfants et les processus psychiques spécifiques à l’enfance. Il a contribué de manière significative à la compréhension de la psychanalyse des enfants.